DEATH IS A GHOUL FROM AN UNALIKE UNIVERSE


MOARTEA E UN STRIGOI DIN ALT UNIVERS

de Constantin Severin

când eram tânăr credeam că scriu pentru a învinge moartea

pe care o purtam țanțoș în buzunarul de la piept

printre bomboane țigări și prezervative

fițuici muguri de brad și cartușe uzate

dar moartea e un strigoi din alt univers

mai târziu am încercat să scriu pentru a îmblânzi moartea

care se cuibărea tot mai vie în lumina ochilor

căutând disperat să-i ating curbele feline

și să-i opresc salturile sinucigașe printre crengi de nuc

dispărând dintr-un curcubeu înfoiat în altul

dar moartea e un strigoi din alt univers

acum când primăvara e mai vie ca niciodată

și moartea dansează flamenco în jurul meu

împrăștiind cu frenezie cadavre sigilate în saci negri de plastic

laolaltă cu obiecte intime și telefoane care sună întruna

eu scrijelesc singur fiecare literă aburită de sânge

încercând să o iubesc cu toată ura lumii

dar moartea e un strigoi din alt univers

                          Suceava, 7 aprilie 2020

DEATH IS A GHOUL FROM AN UNALIKE UNIVERSE

by Constantin Severin

in my prime I thought I was writing to defeat death

which I unabashedly carried in my chest pocket

among bonbons cigarettes and condoms

paper rags fir tree buds and duds

but death is a ghoul from an unalike universe

later I tried to write as a way to tame death

which nestled ever more vivid in the sight of my eyes

despairingly seeking to touch its feline curves

and stop its suicidal somersaults among walnut branches

slipping away from within one puffed rainbow into another

but death is a ghoul from an unalike universe

now that spring is livelier than ever

and death dances flamenco encircling me

frantically scattering corpses sealed in black body bags

together with personal belongings and mobiles that keep ringing

I scribble alone each letter etched out in vapoury blood

striving to love it with the hate of all humankind

but death is a ghoul from an unalike universe

Suceava, April 7, 2020

(c) CS, translated into English by Dan Nicolae Popescu

LA MORT EST UN STRIGOL D’UN AUTRE UNIVERS

par Constantin Severin

quand j’étais jeune, je pensais que j’écrivais pour vaincre la mort
que j’en portais un peu dans ma poche de chemise,
parmi les cigarettes les préservatifs bonbons
bourgeons de sapin et cartouches usées

mais la mort est un mort-vivant d’un autre univers

plus tard j’ai essayé d’écrire pour apprivoiser la mort
celle qui est plus vivante à la lumière des yeux
cherchant désespérément à toucher ses courbes félines
et arrêter son saut suicidaire parmi les branches du noyer
celle disparaissant d’un arc-en-ciel à l’autre

mais la mort est un mort-vivant d’un autre univers

maintenant, quand le printemps est plus vivant que jamais
et la mort danse le flamenco autour de moi
frénésie saupoudrant des cadavres scellés dans des sacs en plastique noir
Avec des objets intimes et des téléphones qui continuent de sonner
Je sculpte chaque lettre cuite de sang chaud,
essayant de l’aimer avec toute la haine du monde

mais la mort est un mort-vivant d’un autre univers

Suceava, 7 avril 2020

(c) CS, traduction de Khal Torabully

This is my first poem written after 20 years, in my interviews after the year 2000 I declared that I will renounce to write poetry and I will replace it with painting, my first love.

But the global earthquaque of the coronavirus and and the advices of two friends, the major poets Wang Ping ( „keep writing, my friend, poetry is so needed these days”, she told me) and Erkut Tokman (who invited me to join to the new Open Poetry movement, which includes 50 of the best poets in the world) made me change my mind…

In the same day when I wrote the poem, a major Romanian writer, Liviu Antonesei, announced my comeback as a poet on his blog:

https://antoneseiliviu.wordpress.com/2020/04/07/cercul-poetilor-aparuti-3-constantin-severin-moartea-e-un-strigoi-din-alt-univers/

After some days, the poem was translated into English by my amazing translator, professor Dan Nicolae Popescu from the „Stephen the Great” University, Suceava and a major poet and artist, the French-Mauritian Khal Torabully, the father of the „coolitude” concept, translated my poem in French and included it on his cutting edge project, „CHRONIQUES AUX TEMPS DE CORONAVIRUS”, with an impressive comment:

CHERES AMIES, CHERS AMIS, nous accueillons CONSTANTIN SEVERIN, Poète de Roumanie, EN CE JOUR 26 DE NOS CHRONIQUES AUX TEMPS DU CORONAVIRUS. Comme de coutume, nous nous ouvrons à d’autres voix pendant le confinement. Pour le rendre palpable en des endroits divers. Je vous invite à lire ce texte fort venu de ce pays dont on entend rarement parler durant la pandémie. Voici le texte de Constantin, que j’ai traduit de l’anglais, qu’il a lui-même traduit du roumain. LA MORT EST UN STRIGOL D’UN AUTRE UNIVERS quand j’étais jeune, je pensais que j’écrivais pour vaincre la mort que j’en portais un peu dans ma poche de chemise, parmi les cigarettes les préservatifs bonbons bourgeons de sapin et cartouches usées mais la mort est un mort-vivant d’un autre univers plus tard j’ai essayé d’écrire pour apprivoiser la mort celle qui est plus vivante à la lumière des yeux cherchant désespérément à toucher ses courbes félines et arrêter son saut suicidaire parmi les branches du noyer celle disparaissant d’un arc-en-ciel à l’autre mais la mort est un mort-vivant d’un autre univers maintenant, quand le printemps est plus vivant que jamais et la mort danse le flamenco autour de moi frénésie saupoudrant des cadavres scellés dans des sacs en plastique noir Avec des objets intimes et des téléphones qui continuent de sonner Je sculpte chaque lettre cuite de sang chaud, essayant de l’aimer avec toute la haine du monde mais la mort est un mort-vivant d’un autre univers Suceava, 7 avril 2020 (c) CS, traduction de KT *** Cher Constantin, Lors de notre échange, tu m’avais donné de bien tristes nouvelles de Roumanie. C’était il y a quelques jours. Tu m’écrivais ceci : « La situation en Roumanie: 5.202 malades et 229 morts, dans ma ville, Suceava, la situation est plus grave, environ 1500 malades et 60 morts, nous sommes en quarantaine totale Dans l’hôpital la situation est très grave, depuis 3 semaines, il y a environ 400 cadres médicaux infectés »… Je comprends, sans comprendre tout à fait, ton désarroi, et ta réponse poétique à cette situation déroutante. J’ai d’abord été interpellé par le mot strigol ou strigoï, j’ai d’abord cru que strigol était en fait « struggle », signifiant « lutte » en anglais. Je t’ai demandé le sens de ce mot, mais j’ai « googlé » pour débusquer le sens de ce terme. Strigoï, prononcez strigol, me dit Wikipédia est un pan du discours national roumain avec la mort, mais une mort hybride, entre mort et vivant. Lecteurs, suivez mon regard… On arrive au Comte Dracula dans son célèbre château de Carpathes, popularisé par Bram Stoker et repris à l’écran par Christopher Lee. Ces films d’épouvante étaient célèbres dans mon île natale, et le vampire fait partie de mon imaginaire profond. Wikipédia explique que : « Les strigoi… sont des créatures mort-vivantes qui font partie du folklore roumain. Généralement, les « strigoï » sont des âmes troublées qui sortent de leur tombe et reviennent tourmenter leurs proches. Le terme désigne une sorte de revenant avec un corps physique, sans être pour autant un zombie. Avec la popularisation du mythe de Dracula et le fait qu’ils aspirent l’énergie vitale de leur entourage, les strigoï sont apparentés aux vampires ». J’utilisais les mots vampires, zombies, morts-vivants, mais j’ignorais strigol. Merci de m’avoir appris le mot strigol, un mot métis de l’entre-deux, mort et vivant, ni mort, ni vivant… Un être entre deux univers, dans l’entre-deux de la vie et de la mort, et qui se nourrit des morts pour s’étendre dans le monde des vivants. Ethymologiquement, il vient de « styge », qui désigne un autre habitant connu de nos îles, le loup-garou. Ce champ baigne encore, de nos jours, l’imaginaire du monde. C’est ce que ce poème que tu as écrit m’apprend, en sus de sa charge émotionnelle et esthétique. On est amené à parler avec les strigols et, pour te citer, « à les aimer avec toute la haine du monde ». Dans ce seuil incertain, on pourrait peut-être aussi les haïr avec tout l’amour du monde. Même si cela dépasse nos limited humaines… Strigol… Le Covid-19 pourrait s’appeler ainsi étant dans l’air, prêt à fondre sur vous à un moment d’inattention. Il se repaît de nous, pour contaminer ailleurs, il est un passe-frontières et vampirise nos instants. Comme Dracula en quelque, nous vivons en confinement, au seuil incertain entre la vie et la mort. On nous interdit de franchir nos seuils sans le laissez-passer qui nous empêche d’aller contaminer les autres. Le strigol n’est pas sans nous rappeler la chauve-souris, figure du vampire connue, celle qui à Wuhan, nous dit-on nous a transmis le strigol de la globalisation. A moins que ce ne soit l’infortuné pangolin, qui lui, est appelé à côtoyer la chauve-souris dans la galerie des épidémies. Il est intéressant de constater que comme le vampire, la chauve-souris est une création métisse, entre l’oiseau et le mammifère, dormant, comme on le sait, la tête en bas, se fiant à l’ouïe pour se guider par l’ultrason… Une créature que l’on associe aux bas-fonds de nos consciences, et pourtant, la chauve-souris est un animal qui nous aide dans nos vergers, même si elle nous pique nos mangues et nos letchis. Elles peuvent nous débarrasser des insectes nuisibles. Mais je m’éloigne du strigol. En fait, Dracula est un noble et n’aurait pas dédaigné d’être l’alter ego du virus à couronne. On le voit dans le film remanié intitulé « Entretien avec un vampire, 1994, qui a rapporté quelque 224 millions de dollars), que Brad Pitt mène une vie princière et suce le sang de charmantes créatures qui souvent succombent à son charme. Je me rappelle ses yeux injectés de sang, ou ses dents pointues de Dracula, que nous imitions gamins, pour nous faire peur… Films d’horreur, films nous plongeant dans l’univers glacial des morts sombres. Oui, strigol est un mot qui m’interpelle. Nous sommes, devant la pandémie, entre la mort et la vie. Tout en nous barricadant de nos postillons et respirations, l’essentiel est de continuer à avoir un « entretien avec le vampire », au fond de soi et au-delà. Car, pour citer Albert Guignard, il nous faut « converser avec le covid-19 », sous le nom de strigol ou de « struggle », de mort-vivant ou de vampire. Tous les vampires, y compris ceux de la finance ou d’autres activités mortifères en plein jour. Converser, justement, au moment où je termine ce texte, miracle de la connectivité, tu m’écris par messenger, à midi (authentique), l’heure de l’entre-deux, ceci : « …maintenant 5990 malades et 282 morts en Roumanie ». Courage poète, la vie n’est qu’un court instant de l’éternité… Il nous faut la poétiser, même quand nous marchons sur la tête dans un monde où nous devrions cesser nos haines et nos guerres pour nous penser frères des chauves-souris ou des pangolins et de nos strigols humains. © KT, 11/04/2020, fin de texte 12 :05

Khal Torabully

About Constantin Severin

Constantin Severin (constantinseverin.ro) is a Romanian writer and, as a visual artist, the founder and promoter of the award-winning concept known as archetypal expressionism. He is the author of eight books of poetry, essays, and novels, and his poems have been published by major Romanian and international literary magazines. He is one of the editors of the French cultural magazine Levure littéraire.
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